ENTRE LE MARTEAU ET L’ENCLUME, LE MEDECIN.

 21 mars 2013
 J.L. Clouet


Sont ainsi visés les arrêts courts qui bien sûr habituellement ne donnent pas lieu à des contrôles de la Caisse qui n’a pas le temps de faire venir le patient puisque celui-ci a repris son activité. Les arrêts longs sont tous contrôlés en principe au delà de quarante-cinq jours.

Rappelons les articles suivants : Article 50 du code de déontologie médicale (article R.4127-50 du code de la santé publique) Le médecin doit, sans céder à aucune demande abusive, faciliter l'obtention par le patient des avantages sociaux auxquels son état lui donne droit. A cette fin, il est autorisé, sauf opposition du patient, à communiquer au médecin-conseil nommément désigné de l'organisme de sécurité sociale dont il dépend, ou à un autre médecin relevant d'un organisme public décidant de l'attribution d'avantages sociaux, les renseignements médicaux strictement indispensables.

Le code de la sécurité sociale en son article L.162_2-1 libellé : " Les médecins sont tenus, dans toutes leurs prescriptions, d'observer, dans le cadre de la législation et de la réglementation en vigueur, la plus stricte économie compatible avec l'efficacité du traitement ". Loin de nous immiscer dans les problèmes du contrôle des prestations aux assurés sociaux, il nous semble pour le moins malhabile ce discours supputant qu’une autre prescription aurait pu éviter à un salarié de ne pouvoir aller travailler ? Nous nous interrogeons et serions intéressés de connaître les meilleures propositions de l’Assurance Maladie adaptées à ce type de situation. L’Etat français lui-même reconnaît que pénaliser un fonctionnaire d’un jour de carence n’est pas une bonne méthode de management en ressources humaines. Nous subissons actuellement dans les cabinets une montée en pression de la demande sociale vers une demande sans limite de formalités administratives médico-sociales. Cela a commencé par les demandes d’ALD qui sont aujourd’hui renouvelables tous les cinq ans, pour dériver vers une explosion des formulaires destinés à la MDPH. - Maison Départementale des Personnes Handicapées -

Que cela soit pour une demande de reconnaissance de handicap, une place de stationnement handicapée, nous devons remplir ces quatre pages.
Dans la majorité des cas, chose curieuse, nous sommes sollicités à nouveau une année plus tard pour une aggravation car le patient n’avait pu bénéficier d’aucune reconnaissance ou pour des raisons qui nous échappent totalement. Ces demandes émanent des différents services sociaux qui suivent ces populations souvent en précarité et qui ont besoin de ces documents pour leur permettre de bénéficier d’une formation, d’un complément de revenus. Si nous ajoutons, les demandes APA, les entrées en EHPAD, les certificats les plus farfelus et variés capables de sortir du cerveau d’un administratif : certificat pour obtenir un changement de logement, pour un logement en rez-dechaussée, pour attester d’une ALD, etc… nous constatons que la phrase : " vous verrez cela avec votre médecin traitant, " a encore de beaux jours devant elle !

Elle traduit l’incohérence de notre réglementation dans ce dédale administratif incontrôlé qui renvoie toute la prise en charge médico-sociale vers le pivot du système de santé. Ultime maillon humain de la chaîne d’incohérences, le médecin se retrouve le seul interlocuteur qu’on tente d’amadouer pour obtenir le sésame ouvrant l’octroi d’une aide sociale. Pris en sandwich entre les accusations de laxisme alors qu’on vient le solliciter inutilement, et à tout bout de champ, et les agressions de ses patients qui l’accusent de ne pas leur fournir LE papier, sa marge est étroite pour satisfaire aux articles du code de déontologie sus mentionnés.

Ajoutons à cette débauche, les dernières idées géniales de l’ANSM recommandant d’écrire à la main sur l’ordonnance que la patiente est au courant que la pilule prescrite de 3ème génération peut augmenter le risque de thrombose et/ou écrire à la main devant une prescription que celle-ci est non substituable et on comprendra facilement la mauvaise humeur qui monte des territoires.

Pour finir dans un feu d'artifice, n'oublions pas cette trouvaille géniale de faire déclarer les dons de l'industrie pharmaceutique dès le 1er Euro sur un site internet accessible à tous en ligne. Quand on connait le goût immodéré de nos compatriotes pour la délation et la vision de ce qu'il y a dans l'assiette du voisin, nous pouvons déjà nous réjouir du festival à venir.....

Etant pourtant d’un naturel plutôt calme et diplomate, comme de nombreux confrères, le médecin bienveillant approche tôt ou tard de son seuil de tolérance et je ne peux qu’inviter toutes nos administrations à réfléchir s’ils veulent conserver un minimum de médecins souriants dans les déserts médicaux et ailleurs… !


jlclouet@orange.fr